A L'OCCASION DU FESPAM
Sofien Safta l'«Africain» au Congo
L'Histoire a retenu le nom de Scipion l'Africain, la BD, celui de Tintin au Congo (avec toute sa polémique autour), le monde de la Culture de notre continent pourrait bien retenir celui de Sofien Safta. Ce jeune artiste tunisien, chanteur, musicien, compositeur a été invité à participer au Fespam (Festival panafricain de musique), événement se déroulant tous les deux ans à Brazzaville, capitale du Congo.
On dit que le hasard fait bien les choses et il a bien fait les choses pour Sofien Safta. Tout a commencé grâce à la création de son site (www.sofiensafta.123.fr) au mois de juin dernier. Comme tout artiste qui se respecte, il a décidé de posséder son propre site afin de se faire connaître et de faire connaître son travail sur la Toile et entrer dans toutes les demeures. Une société de production de chez nous est tombée sur son site. Cela a été le déclic. Le responsable a apparemment contacté les organisateurs de la 6ème édition du Fespam (du 08 au 14 juillet) pour leur dire qu'il leur avait dégotté un super Tunisien.
Entre nay et cuivres
Quelques jours après, Sofien Safta s'envole pour le Congo pour représenter notre pays dans ce festival qui existe depuis 1996. Mais il n'est pas seul à partir. Il emmène avec lui un flutiste ou plutôt un «nayiste» (même si le mot n'existe pas, il faut bien l'inventer), un joueur de nay, Montassar Ghania. «Lorsque le Fespam m'a adressé l'invitation, nous a raconté Sofien Safta, les organisateurs m'ont spécifié que je pouvais emmener avec moi un autre instrumentiste. J'ai choisi Montassar Ghania, un de mes anciens camarades de classe, et l'un des meilleurs joueurs de nay en Tunisie». Et Sofien Safta d'ajouter : «J'ai choisi le nay car il possède une sonorité spéciale, il donne un timbre spécifique. C'est un instrument qui est capable d'exprimer tous les modes tunisiens». D'ailleurs, le nay se retrouve dans toutes les compositions du jeune artiste tunisien, car il en est, avec la guitare, l'instrument de base.
Les deux hommes s'envolent d'abord pour le Maroc où ils font escale à Casablanca avant de partir pour Libreville, la capitale gabonaise, et finalement Brazzaville. Partis le 1er juillet, ils mettront deux jours à parvenir à destination. Et dire que nous sommes sur le même continent !
Pas le temps de faire du farniente, les répétitions commencent le lendemain, le 4 juillet. L'orchestre, qui avait déjà reçu les partitions à l'avance, s'est déjà entraîné. C'était comme un rêve pour Sofien Safta, lui qui a toujours imaginé jouer avec un ensemble de cuivre, le voilà gâté : l'orchestre se compose d'une basse, d'une batterie, d'une guitare électrique,... d'un saxophone, d'une trompette et d'un trombone. Il ne lui reste plus qu'à placer son travail sur celui de ses musiciens à l'occasion de deux concerts.
Une nouvelle star parmi les étoiles ?
Programmé en clou de l'ouverture au stade Eboué, Sofien Safta et sa bande ont fait un tabac, entre les danses de troupes locales et celles sud-africaines. Le public a réellement apprécié les cinq chansons présentées, les producteurs africains et européens également, ce qui a valu à Sofien d'être convoité par tout un chacun et d'avoir des promesses de se produire dans d'autres festivals.
Il est bon de savoir que cette soirée d'ouverture a été retransmise par une vingtaine de chaînes de télévision africaines. Il faut comprendre aussi que le Fespam n'est pas un petit festival de quartier. C'est un événement qui réunit les grandes stars de l'Afrique dite noire dont quelques-unes connues par nous les Tunisiens comme Myriam Makéba ou encore Ismaël Lô. Les autres possèdent une grande notoriété dans les pays d'Afrique subsaharienne tel l'Ivoirien Meiway.
Sofien Safta serait-il devenu une nouvelle star parmi les étoiles de notre continent ? L'avenir nous le dira.
Sortir du régionalisme
«J'ai trouvé une richesse dans ce voyage, nous a déclaré le jeune artiste, celle du brassage des cultures africaines et tunisienne. L'artiste, à une période de sa vie, doit sortir du régionalisme. Pour moi, l'intégration a été facile malgré la différence de couleur de peau, car les gens sont très sociables. Ce voyage au Congo a été plus fructueux que mon voyage en Europe. J'y ai rencontré différentes personnes qu'elles soient africaines ou européennes. Cela m'a également ouvert l'esprit pour mes futures compositions. Avec quelques musiciens de différents pays d'Afrique, nous avons décidé de faire une tournée». Et Sofien Safta de continuer : «Je me suis rendu compte que la musique tunisienne avait autant d'impacts sur les Noirs Africains que sur les Européens».
Accompagnant quelques chanteurs tunisiens en tant que guitariste dans nos festivals d'été, Sofien Safta a l'intention de présenter le même spectacle qu'à Brazza, mais avec une formation réduite de musiciens et de danseurs, dans les différents festivals de la Médina durant le mois de Ramadan. Mais pour cela, il faut que les directeurs lui tendent un peu la main...